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Conférences et colloques

Compte rendu du séminaire international "Le corps en acte : Quel sens de l'action ?"

En l'hommage du centenaire de la naissance de Merleau-Ponty (1908-1961) Collège de France 22-23 Octobre 2008
Par Nelly Lacince

« Le corps en acte : Quel sens de l’action ? », organisé par les Professeurs ; Alain Berthoz, neurophysiologiste au Collège de France à Paris LPPA UMR 7152 CNRS, Bernard Andrieu, philosophe du corps en STAPS à Nancy Université, LHSP UMR 7117 CNRS. 

Retour sur un vécu à partager…

Nombreux sont les enseignants d’EPS et chercheurs de notre laboratoire Santésih à s’intéresser aux travaux de cet éminent universitaire qu’est Alain Berthoz tant celui-ci par ses travaux est au cœur des problématiques du mouvement humain que nous questionnons.

Il paraît donc important de partager ces deux jours de réflexions vécues dans cet établissement prestigieux qu’est le Collège de France.  

Les axes principaux des travaux de Maurice Merleau-Ponty pour ce séminaire s’installent à partir de deux citations principales communément partagées par les conférenciers :

« Je n’ai pas d’autre moyen de connaître le corps humain que de le vivre. Le vivant sent son monde. ».

« Le schéma corporel échappe à la représentation du corps. Il se construit par la mise à l’épreuve et la réinterprétation permanente.»

 

Bernard Andrieu dans son intervention nous invite à intervenir dans la recherche à partir du corps agissant. Selon lui il y a un pré-corps qui s’actualise dans le corps avant accomplissement. 

Alain Berthoz introduit sa conférence par une mise en situation concrète des participants : « Qui ici dans cet amphithéâtre principal du Collège de France (il est en sous-sol, on y accède par un escalier large mais en colimaçon sur trois demi-étages) est capable de dire si l’écran que vous avez en face de vous est parallèle ou perpendiculaire au boulevard Saint Michel ? »  

Le ton est donné, corps agissant, mise à l’épreuve du corps pour une réinterprétation permanente, faire et dire le vécu du corps. Nous comprenons que nous allons parler de l’espace et du temps dans lequel le corps/sujet se projette dans son environnement, ainsi que de la conscience qu’il a de cet espace/temps. 

Les mots ou thèmes clés :

Phénoménologie – neurophysiologie – philosophie – corps – schéma corporel – monde sensible – puissance d’incorporation – matrice symbolique (mon corps – l’autre – l’environnement) – chiasme - chair - rapport au monde - topologie du corps – intersensorialité – intentionnalité - perception – sensation - expérience - conscience - comportement - corps incarné, exocentré, égocentré – sujet – objet – soma plutôt que corps – conscience somatique - expérience somatique - connaissance de soi - action spontanée – comportements réflexifs/non réflexifs – Art du contrôle de la conscience corporelle – plaisir – désir – plasticité - action habile – processus d’apprentissage – acquisition sensorimotrice apprise par l’expérience, proprioception – développement – contrôle moteur … 

Tant de sémantiques ou thèmes clés qui selon nous n’ont pas été questionnés mais plutôt donnés comme des éléments de recherche indiscutables qu’ il est nécessaire d’utiliser selon  les champs ou domaines de recherche à la sensibilité ; naturaliste – développementaliste – cognitiviste – culturaliste .

Tout au long de ces deux jours les concepts sont restés flous sans souci de clarification de la part des intervenants. Par exemple, à l’issue de ces journées, nous ne savons pas dire ce qu’est un acte, une action, un mouvement, le vécu. Ceci est sans doute lié à l’écart entre les domaines de recherche qui se rencontraient, neurophysiologie et philosophie. Pourtant  une occasion rare de débattre sur le corps en acte au travers des concepts. 

Les présentations de recherches :

Plutôt orientées dans le domaine des sciences de la vie en neurophysiologie issues du laboratoire LPPA. Peu de travaux présentés en direction des Sciences Humaines ou des Sciences de l’Education. Ainsi le fonctionnement neuronal du cerveau n’a plus de secret pour les auditeurs. 

De nombreuses pistes issues du positionnement philosophique en lien avec la question neurologique du mouvement humain :

- Faire une seule image avec des aspects ontologiques disparates,

- Revenir avant le monde de la connaissance,

- Redonner le sens ou redemander du sens au schéma corporel (concept d’incorporation du monde) à ne pas confondre avec image corporelle, le schéma permet d’actualiser l’image,

- Désapprendre ce que l’on sait déjà pour apprendre autrement, à savoir sensoriellement,

- Développer les capacités d’attention sensorielle sur nos actes ou comportement du corps,

- Entraîner sensoriellement et intensivement le soi,

- Installer des principes de dramaturgie de temps et d’espace dans les formes d’apprentissage,

- Créer une espace expressif déployé par le schéma corporel lui-même,

- Accéder à la plasticité par la capacité à l’incorporation du monde externe,

- Déterminer le savoir à partir du tact et non le contrôle moteur qui est autre chose,

- Valoriser l’expérience sensible du corps  en acte car il y a un 6ième sens vestibulaire confirmé par les neurosciences que pressentait intuitivement Maurice Merleau-Ponty.,

- Transformer son rapport au monde pour sentir avec autrui,

- Augmenter le potentiel moteur car il augmente le soma sensoriel,

- Développer l’action émotionnelle sollicitante pour faire parler ensemble dans l’action, le sensoriel, le visuel, le sensorimoteur, le somato sensorimoteur.

- Faire résoudre des conflits au sujet en mouvement,

- questionner le moi conscient,

- Faire matérialiser par le toucher l’intentionnalité du sujet afin qu’il se localise,

- Faire accéder le sujet à la réflexivité de ses actions,

- Faire en sorte que le corps s’insère « entre » les choses,

- Reprendre un modèle social d’un groupe,

- Fixer un modèle différent créateur d’écart entre soi et le monde,

- Faire en sorte que les autres reconnaissent l’écart entre le modèle social et la proposition du sujet,

- Offrir les conditions de créer des écarts pour changer de modèle. 

Débat d’idées :

Au cours de ce séminaire, il est avancé que les intuitions de Maurice Merleau-Ponty sont globalement confirmées voir dépassées par un grand nombre de scientifiques issus du champ de la neurophysiologie. Selon des chercheurs de renommée internationale, un très grand nombre d’étudiants chercheurs s’intéressent particulièrement à Merleau-Ponty. Il est une curiosité mondiale et Française de la jeunesse étudiante. Il reste que les philosophes s’interrogent sur la question du transcendantal dans l’œuvre de Merleau-Ponty.

Pour Gérard Jorland, philosophe, auteur de «L’empire des sens » chercheur à l’EHESS ; « C’est notre corps qui produit l’espace et le temps… Ouvrant un autre avenir, au sujet et à autrui, que la répétition… Car le corps est le nœud de significations vivantes. ».

Rendant hommage à l’œuvre de Alain Berthoz. Œuvre qui nous éclaire sur l’étude du mouvement humain au quotidien, comme par exemple lorsqu’il étudie les ajustements moteurs inconscients de la main porteuse du plateau d’un garçon de café servant à l’aide d’un plateau.  

Ces travaux font dire au philosophe que désormais il faut compter :

  • sur l’idée qu’il existe un paradigme des modèles internes ou du schéma corporel comme unité agissante sur le milieu externe, allant jusqu’à imposer sa norme sur l’extérieur. Modèles émulateurs du monde qui permettent de déjouer les menaces auxquelles doit faire face un sujet. Ainsi pour ce philosophe l’éthique est plus fondamentale que la sémantique,
  • sur la capacité du sujet à changer de perspectives, d’habitudes, d’expériences transcendantale vue comme la condition de possibilité qu’un monde m’apparaisse… Notre cerveau impose les conditions à notre vécu du monde, conditions de ma sensibilité, intelligence. Ces conditions envisagent l’intentionnalité du sujet à observer dans le monde des objets non homogènes.
Il apparaît alors à l’issue de ce séminaire que même si dans le discours le dualisme corps/esprit semble avoir disparu, il resurgit en filigrane des interventions diverses.

Un dernier président de table ronde affirme même que ; « …plus que  le corps ce sont les comportements qu’il faut observer. Car selon lui, «… Lorsque l’on se tourne vers les objets et les pratiques c’est le vide… ». Il s’étonne qu’autant d’étudiants soient si passionnés par l’œuvre de Merleau-Ponty. 

Allons-nous devoir refaire le séminaire avec des praticiens, théoriciens, chercheurs d’autres champs qui ont sans doute beaucoup à dire autour de cette question du vide que les pratiques inspirent. Une impression désagréable nous envahit alors lorsque le constat est fait que certains philosophes ayant pignon sur rue s’autorisent, sans argument scientifique, à opposer le vécu en action et la pensée rationaliste issue des sciences cognitives. Cela sans tenir compte de l’avancée d’un grand nombre de recherches. En la matière celles qui nous ont occupés durant ces deux jours, l’œuvre de Alain Berthoz et bien d’autres encore avec lui, Maurice Merleau-Ponty.

Sommes-nous prêts en EPS à relever le défi en nous emparant de ce champ croisé entre philosophie du corps et neurophysiologie afin de dégager des voies disciplinaires ?

Est-ce un véritable enjeu pour l’évolution de notre discipline d’envisager le sujet agissant afin de le rendre pensant ?


Nelly Lacince
Membre du Laboratoire SantEsiH
Invitée par Bernard Andrieu
Mandatée par les STAPS de Montpellier 1
Spécialisée dans ces questions
«  Le vécu des sens en action »
Titre de l’ouvrage du même nom qui sortira fin octobre 2008 au Presses Universitaires de Nancy
 
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